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Une personne sur trois au pays (32 %) se dit fortement engagée à faire ce qui est en son pouvoir pour y arriver!

Mais ce qui est encore plus frappant, c’est que cette proportion était seulement d’une personne sur quatre il y a de cela à peine six ans et qu’elle est en progression constante depuis (25 % en 2013)!

Une prise de conscience s’opère, une mobilisation s’installe, on se sent de plus en plus convié à un projet de société, autant sur le plan de ses habitudes personnelles que de son engagement social.

De plus, si on ajoute à ce nombre les gens « plutôt » en accord avec la question utilisée, on s’approche d’une proportion de neuf Canadiens sur dix! (86 %, et notons que ces données sont tout à fait comparables d’une région à l’autre du pays, y compris au Québec). Par contre, il y a de toute évidence un effet d’acceptabilité sociale dans la réponse à ce genre de questions. Les gens sont gênés d’admettre qu’ils ne font rien! Voilà pourquoi nous estimons que ceux qui nous disent être tout à fait en accord sont plus « fiables » quant à la mesure effective de ce type de comportements. Mais peu importe, une sensibilité croissante aux enjeux écologiques de l’époque est manifeste et elle représente des opportunités formidables, autant pour les gens et la société dans son ensemble, que pour les entreprises, les marques et les institutions.

Les Milléniaux?

Comme je l’ai déjà mentionné dans quelques-uns de mes textes précédents, on me souligne régulièrement le particularisme unique de cette nouvelle génération et son supposé grand engagement écologique et social. Encore une fois, voici un tableau qui vient tout à fait contredire cette perception. On y voit clairement une sous-représentation des plus jeunes face aux 55 ans et plus chez les plus prompts à faire des efforts pour l’environnement (un écart de 10 points entre ces générations).

Il ne s’agit pas ici d’affirmer que les jeunes ne sont pas sensibles aux enjeux écologiques de l’époque, mais certainement d’arrêter d’en faire les champions de la cause (sans sous-estimer le fait qu’il y a, de toute évidence, des sous-groupes de jeunes très engagés).

Notons aussi que les femmes sont aussi beaucoup plus engagées que les hommes à cet égard (un écart de dix points, de 26 % à 36 % entre les hommes et les femmes).

Les valeurs, les motivations, les raisons profondes qui suscitent un tel engagement à l’égard de l’environnement

Un étonnant cocktail de motivations stimule cette volonté d’accomplir des actions concrètes de manière à diminuer l’impact que les gens peuvent avoir sur l’environnement. À cet égard, sauver la planète est loin d’être la seule raison, même s’il s’agit d’une raison fort importante (la proportion de ceux qui croient que « nous sommes en train de tout détruire sur la planète » est passée de 61 % à 77 % de 2014 à 2019).

On observe un sens aigu de la responsabilité sociale, une sensibilité aux autres autour de soi, une volonté d’agir pour sa communauté, d’aider les gens. Ces gestes pour l’environnement sont autant dirigés vers la communauté qu’au profit de la planète elle-même.

Dans un même contexte, la famille joue aussi un rôle très important : quel monde allons-nous laisser à nos enfants, quel héritage allons-nous leur léguer? (« Mad Max? »). Une incontournable responsabilité d’agir maintenant, avant qu’il ne soit vraiment trop tard, semble incomber à ces apôtres de la protection de l’environnement, ce afin de s’assurer que les prochaines générations puissent vivre dans des conditions écologiques décentes.

De plus, une contrainte personnelle est perçue dans les enjeux écologiques actuels. Comme si les gens sentaient qu’ils ne pouvaient pleinement s’épanouir dans un tel contexte de menaces et de destruction de nos écosystèmes et de nos ressources. Une volonté de faire mieux s’exprime à travers ces résultats, un sentiment qu’on peut faire mieux, comme un rendez-vous manqué.

Sans oublier les préoccupations de santé, autant sur le plan personnel qu’au point de vue de santé publique. L’information sur les problèmes de santé causés par la dégradation de nos conditions environnementales et climatiques abonde de plus en plus et les gens y sont aussi de plus en plus sensibles.

Un appel à l’action!

L’implication directe d’une telle tendance est certainement un appel à l’action lancé aux entreprises, marques, gouvernements et institutions! Si les gens sont prêts à faire des efforts sur le plan individuel, ils sont certainement conscients de leurs limites et souhaitent que les organisations qui ont plus de moyens mettent la main à la pâte.

Dans les travaux sur la segmentation des consommateurs que nous avons publiés il y quelques mois, il apparaissait clairement que, encore une fois pour des motivations diverses, environ 55 % des consommateurs voulaient épouser des pratiques de consommation écologiquement et socialement responsables. La croissance de notre indicateur sur la volonté des gens à intégrer des habitudes de vie visant à diminuer leur impact sur l’environnement s’accompagne donc certainement d’une volonté de voir les entreprises en faire autant.

Il y a certainement opportunité pour ces dernières d’agir concrètement, de fournir aux consommateurs et citoyens des moyens, des outils pour avoir un impact significatif sur l’environnement. Dépendamment d’où sont rendus certains marchés, segments de consommateurs, il peut certainement y avoir urgence d’agir. Les entreprises doivent se mettre à l’écoute et offrir des solutions.

Les gouvernements aussi sont conviés par cette tendance. On s’attendra de plus en plus à ce qu’ils agissent, investissent, supportent les initiatives afin de catalyser les efforts que les citoyens sont prêts à faire sur le plan individuel.

J’ai souligné à quelques reprises dans mes textes précédents l’importance pour les entreprises et les institutions d’épouser des politiques et des pratiques de responsabilité sociale. Les tendances que nous observons représentent certainement un appel supplémentaire dans cette direction.

Un mouvement social est assurément en marche et je ne vois pas ce qui pourrait l’arrêter. De plus, les opportunités qu’il représente sont certainement aussi prometteuses pour les entreprises et les institutions que pour les consommateurs et les citoyens.

Gotterdammerung de Richard Wagner (Le Crépuscule des dieux, dernier volet de L’Anneau du Nibelung)

Je sais, je reviens très souvent sur le Ring de Wagner! Mais dans le cas de ce texte, la finale de l’œuvre me semble particulièrement indiquée, plus que tout autre extrait d’opéra. Particulièrement dans cette production du Festival de Bayreuth de 1991, signée Kupfer-Barenboim.

Si une des motivations principales pour intégrer des habitudes de vie visant à diminuer notre impact sur l’environnement est de sauver la planète d’une apocalypse écologique, on assiste à la fin du Ring de Wagner à une fin du monde causée par la mégalomanie des dieux, métaphore de notre obsession de croissance au détriment de nos écosystèmes environnementaux.

Le dispositif scénique de cette production est génial : les gens assistent à la fin du monde à la télévision! On est dix ans avant le 11 septembre 2001!

Richard Wagner : Der Ring des Nibelungen, Tomlinson, Jerusalem, Kang, Von Kannen, Evans, Brinkmann, etc., Kupfer, Barenboim, Bayreuther Festspiel, Teldec, Kultur, 1992.